Pendant la nuit L. ordonna l'encerclement du village.
À l'aube débuta le massacre systématique de tous ses habitants. 
L 'assaut fût bref,le bruit de portes enfoncées, de vitres brisées 
et de rafales éparses d'armes automatiques perçait à peine à travers 
le brouillard.
Un par un les cris, les hurlements et les râles cessèrent après 
la même détonation sèche,assourdie par l'épais tapis de neige.
A présent un maudit silence régnait et le soldat Yacob M. implorait 
le petit corps chaud dissimulé sous sa gabardine de ne pas crier.
Il allongea la foulée malgré la douleur aigüe de son cœur battant 
la chamade. Encore quelques minutes à travers la forêt et ils seraient 
sauvés de l'enfer. Le soir, au camp, l'ordonnance mentionna le nom 
de Yacob M. dans la rubrique des disparus. L. biffa rageusement la ligne 
pour y inscrire de sa propre main « déserteur ».
Ce fut le début d'une longue hémorragie au sein des troupes régulières 
qui mena des années plus tard à la chute du Pouvoir.
Ce jour là le petit cœur d'Anna, dernière née du village, 
put continuer à battre. 
Ce jour là commença notre histoire.
DSC_0189~2[1]