Elle n’avait pourtant laissé que peu d’indices. Ce fut un premier miracle que de pouvoir découvrir son existence. L’autre miracle fut d’appréhender peu à peu que cette recherche vers elle menait finalement à la réalisation de cette œuvre ultime et posthume, libre, ouverte aux rencontres. Une traduction de sa soif de vivre, ce refus de devoir disparaître un jour, exprimée  dans un lieu particulier, pendant un moment seulement , mais un petit moment capable de s’inscrire dans les mémoires, capable d’empêcher l’oubli. Le sien. Le notre. Comme tous les éphémères elle était en quête d’éternité. Son dernier spectacle serait un éphémère qui lui survivrait. Les spectacles sont ces magies qui permettent de survivre, se survivre , s’abandonner dans l’expression , s’y retrouver. 

Celui là serait pluridisciplinaire  et polyglotte, happening mêlant sons, voix, images, textes et musique . Une petite chose capable de s’affranchir de lieux standardisé « salle de concert » pour réveler , sous sa projection, de nouveaux espaces d’expressions (lieux d’expos, squatts,cinémas, théatre, rue…), munie de cette volonté de décloisonner aussi les publics.

Ce serait comme un genre de vieux cinéma muet , du temps où la bande-son était commise par un pianiste improvisant.

Sauf que le film serait comme un documentaire halluciné sur la vie d’une artiste « disparue », associant les techniques d’un cinéma classique à celle du téléphone portable, en passant par l’utilisation d’ images détournées et retravaillées .

Sauf que jailliraient sur scène des sons, des voix, des textes.

Sauf que le pianiste serait un groupe puisant aux sources sombres du rock , un anonyme batard petit-fils (im)possible de Joy D. , du Velvet, Sonic Youth et Portishead.

Ce serait comme un puzzle multidimensionnel offert en pature à l’inconscient du spectateur, des bribes de vie laissées par une femme , incarnation multiple de nos désirs créatifs ,traces de notre inaliénable instinct de survie.

Ce serait comme autant de miroirs, de mises en abyme, entre la réalité et la fiction , entre la projection et la scene, entre la musique, les sons et l’image, entre le spectacle et le sujet du spectacle, entre la mémoire et l’instant, ça parlerait des langages, des langages, des corps , des esprits, de l’imagination.

Ce serait un acte poétique . Autogène. En perpetuelle évolution, au gré des rencontres, d’ intervenants librement inspirés par son histoire. Un projet individuel résolu collectivement.

Un spectacle dont ne subsisterait que le souvenir dans les mémoires.

Une petite chose rock’n’roll

Ce serait Anna M.